Du logement social revendiqué pour lutter contre la pénurie de logements dans Lanaudière

Photo Guy Latour : De gauche à droite : Audrey Lapointe-Beaudin du Centre des femmes de Montcalm; Denis Courtemanche d'Action logement Lanaudière ainsi que Catherine Lussier du FRAPRU.

Alors que la situation du logement continue de se détériorer dans la région de Lanaudière, en conférence de presse, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Action logement Lanaudière et la Table de concertation des groupes de femmes de Lanaudière (TCGFL) ont interpelé le gouvernement caquiste sur l’urgence d’investir massivement dans le développement du logement social, hors du marché privé, et de mettre en place un programme qui fonctionne pour les réaliser.

Les trois organismes en ont profité pour dresser un portrait de la situation des locataires à Joliette et dans la région, à partir d’une commande spéciale des données du recensement de 2021 de Statistique Canada, analysées dans la 8e édition du Dossier noir logement et pauvreté du FRAPRU. Selon les organismes de défense des droits, ces nouveaux chiffres illustrent une fois de plus l’importance de prévoir un grand chantier de logements sociaux sous différentes formes. À la suite de la conférence de presse, à l’appel des trois organismes, des locataires et des organismes de la région se sont rassemblés devant le bureau du premier ministre François Legault, à l’Assomption.

Une pénurie qui s’enracine

Les données du Dossier noir logement et pauvreté révèlent les besoins alarmants des ménages locataires lanaudois. La grave pénurie de logements perdure dans la région. Le taux d’inoccupation à Joliette est de 1 %, 0,5% à Mascouche et 0,6% à Terrebonne, soit très en dessous du seuil d’équilibre de 3% reconnu par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Les hausses rapides de loyer des dernières années rendent plus précaire encore le sort des ménages locataires à faibles et modestes revenus. À Joliette, de 2018 à 2022, le loyer moyen a augmenté de 24,7% pour atteindre 771$ par mois en octobre 2022. Du côté de Terrebonne et de Mascouche, l’augmentation en 4 ans a été de 52,4% et de 38,7%, respectivement.

Déjà en 2021, dans la région, le quart des ménages locataires consacraient plus du seuil critique de 30% de leur revenu pour se loger, mettant en péril la réponse à leurs autres besoins essentiels tels que se nourrir. Les organismes sont très préoccupés par le sort des locataires de la région, notamment Joliette dont près du 2/3 sont locataires Selon les données du recensement de 2021 de Statistique Canada, ils étaient 14 890 dans la Lanaudière, dont 2890 à Terrebonne, 2240 à Repentigny, 1660 à Joliette et 970 à Mascouche, dans cette situation et avaient un revenu médian de 24 400$. Dans le cas des 4 600 ménages locataires lanaudois consacrant plus de la moitié de leur revenu au loyer, le revenu médian est de 19 400 $. « C’est trop peu pour trouver un logement décent que l’on peut se payer sur le marché privé. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de François Legault a ignoré les signaux d’alarme. On voit d’année en année le désespoir des locataires augmenter ! », s’indigne Denis Courtemanche, coordonnateur par intérim d’Action Logement Lanaudière. Ces personnes risquent davantage de se trouver en situation de grande précarité à la suite d’une hausse de loyer ou si elles doivent déménager, puisque les logements disponibles à la location sont beaucoup plus chers que les logements occupés. C’est d’ailleurs ce que les organismes observent depuis 2 ans autour du 1er juillet. Pour les trois organismes, trop de locataires doivent choisir entre payer trop cher, avoir un logement trop petit ou en mauvaise état. « Dans nos interventions, nous constatons de plus en plus de logements pour lesquels il faut des travaux urgents et nécessaires et que beaucoup de propriétaires font le choix de ne pas les faire. Ça a un impact majeur sur la santé et la qualité de vie des locataires surtout lorsque quitter n’est pas une option. On s’inquiète que l’état des logements ne soit ni parmi les priorités ni même dans les sujets abordés par les élus », insiste-il.

À l’instar de l’ensemble de la province, autre que les femmes, les personnes seules et autochtones, les aînées et les jeunes sont surreprésentés parmi les locataires consacrant une part disproportionnée de leur revenu pour se loger. Pour les femmes, les inégalités de revenu avec les hommes persistent malgré les avancées obtenues par les luttes féministes. Les locataires lanaudoises avaient un revenu annuel inférieur de 5 200$ à celui des hommes, en 2021. À Repentigny, cette différence est encore plus flagrante, étant de 10 000$. « Les femmes sont plus à risque de vivre dans la précarité et d’être mal logés. Pour les femmes monoparentales, la recherche d’un nouveau logement est encore plus ardue dû à la discrimination qu’elles subissent. Pour celles qui sont à la recherche, c’est une angoisse constante de ne pas pouvoir mettre un toit au-dessus de la tête de leur enfant », explique Audrée Lapointe-Beaudin, du Centre de femmes Montcalm. « Être mal-logée ou sans logis a de graves conséquences sur la santé physique et mentale, et le développement des enfants », conclut-elle.

Des annonces insuffisantes

Selon les organismes, les 8000 logements sociaux « et abordables » supplémentaires en 5 ans, annoncés lors de la dernière mise à jour économique du Québec, représentent un premier pas dans la bonne direction, mais sont insuffisants pour faire obstacle aux graves conséquences de la pénurie extrême d’appartements locatifs. Ils s’inquiètent qu’il n’y ait pas d’assurance que ces logements seront tous des logements sociaux financés dans le cadre d’un programme gouvernemental et de la lenteur à faire aboutir ces sommes vers des projets concrets. En effet, le financement de seulement 1000 des 1500 unités annoncées dans le PHAQ, dans le budget 2023, a été annoncés en décembre 2023 et il n’y en a aucun dans Lanaudière. Pourtant, des projets totalisants au moins 5000 logements sociaux et communautaires avaient été déposés en réponse à l’appel de projets. « Le gouvernement doit passer à la vitesse supérieure » s’impatiente Catherine Lussier, coordonnatrice du FRAPRU.

Non seulement il faut en faire plus et prévoir maintenant un nombre plus important de logements financés pour les 5 prochaines années, mais les fonds publics doivent être uniquement réservés à la réalisation de logements hors marché privé, sous forme d’habitations à loyer modique (HLM), coopérative et OSBL d’habitation », poursuit Catherine Lussier. Le regroupement dénonce le virage opéré par Québec vers le logement abordable et rappelle qu’après 2 ans, le PHAQ n’a pas fait ses preuves avec un seul projet mis en chantier. « Le logement social est la seule formule permettant d’assurer sur le long terme des loyers qui répondent réellement à la capacité de payer des locataires et de construire un patrimoine collectif pour nos communautés » explique madame Lussier. « Le logement dit ‘’abordable’’ est une notion élastique qui n’offre ni garantie sur le long terme, ni de réponse aux besoins des locataires les plus précaires », termine-t-elle.

Des mesures concrètes exigées du gouvernement Legault

Les organismes de la région sont unanimes : non seulement le logement social doit être financé à la hauteur des besoins, mais il doit l’être via un programme dédié au logement social qui soit réellement pérenne. Selon eux, le Plan d’action en habitation de la ministre France-Élaine Duranceau, attendu incessamment, et le prochain budget du Québec doivent contenir des annonces concrètes en ce sens. À court terme, le FRAPRU, Action logement Lanaudière et la Table des groupes de femmes de Lanaudière demandent le financement de 50 000 nouveaux logements sociaux en 5 ans, dont au moins 1800 pour Lanaudière.

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